Conseil Départemental du Morbihan – Discours de politique générale

SESSION DEPARTEMENTALE DU MORBIHAN
du Vendredi 28 septembre 2018
Monsieur Christian DERRIEN
Conseiller Départemental du canton de Gourin
Discours de politique générale

Monsieur le président, chers collègues
Comme vous l’avez appris lors de la dernière session, notre groupe « Morbihan, innovant et solidaire » a fait récemment le choix en interne d’une nouvelle forme d’expression avec notamment un porte-parolat tournant lors des sessions, permettant ainsi aux différentes sensibilités du groupe de s’exprimer.
La sensibilité « gauche régionaliste » que je représente me permet aujourd’hui d’aborder, au nom de « Morbihan, innovant et solidaire », des aspects de notre politique départementale qui sont rarement traitées.
Un heureux hasard a fait que votre groupe s’est exprimé lors de la dernière session du mois de juin, par votre porte-parole Ronan Loas et je l’en remercie, précisément sur certaines thématiques régionalistes quelque peu oubliées ou délaissées par notre assemblée. La conférence du président de la République lors de sa visite à Quimper en a été l’élément déclencheur avec notamment l’annonce d’un « pacte breton » qui a suscité visiblement un
intérêt qui, je l’espère, est réellement partagé par votre groupe.
Nous souhaiterions revenir tout d’abord sur la question de la réforme constitutionnelle et, dans le cadre de ce pacte breton, sur la mise en place d’une expérimentation de la décentralisation de projets. Vous aviez émis l’idée, lors de la session de juin dernier, que ces travaux soient confiés à un collectif d’élus locaux de tous les Départements représentant la diversité de nos collectivités bretonnes. Vous admettrez que vous dessinez là les prémices
d’une Assemblée de Bretagne dont les premiers contours ont été théorisés par l’ancien Gardedes Sceaux Jean-Jacques Urvoas en 2014 dans son ouvrage du même nom. Allons jusqu’au bout de la démarche et réclamons cette Assemblée de Bretagne !

Au moment où les collectivités uniques se multiplient en France, que ce soit en outre-mer ou désormais en métropole, comme en Corse, en Alsace et plus près de nous, au sein des Pays de Loire avec des rapprochements entre la Sarthe, la Mayenne et l’Anjou, il sera important que nos collectivités bretonnes se mobilisent rapidement pour s’inscrire dans ce mouvement qui redonne l’initiative aux territoires et à leurs populations. Saisissons les opportunités d’aujourd’hui, enclenchons les dynamiques. Inventons ce
CELIB du XXIème siècle qui impulserait une dynamique collective à notre Bretagne historique aux 5 départements.

Dans l’immédiat, car cela mérite un engagement quotidien, je rappelle pour les plus motivés qu’il y a un rassemblement demain samedi 29 septembre à Nantes pour la réunification de la Bretagne.
Par ailleurs, en lien avec cette première thématique, parmi celles mises en avant par le porte-parole de votre groupe lors de ce soudain « élan girondin, voire régionaliste » de la dernière session, il y a eu celle du soutien à la langue bretonne. Nous ne pouvons que vous rejoindre sur ce terrain. Mais au-delà de l’appel à la signature
de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, chaque niveau de collectivité doit apporter concrètement sa contribution sur le terrain, sa pierre à l’édifice d’une politique
linguistique. Le soutien du Département au projet du lycée Diwan de Vannes ne suffit pas à s’acheter une bonne conscience sur cette question. Que fait le Département dans son quotidien
institutionnel pour la langue bretonne ? Cette langue a été réprimée pendant des décennies, étouffée de manière systématique. Nous savons tous qu’il faut la réhabiliter, la réintroduire progressivement dans le quotidien de nos institutions. Je l’ai plusieurs fois fait remarquer : dans notre hémicycle, ainsi que dans tous nos documents du Département, la seule trace de la langue bretonne est le mot Morbihan. Le moins que l’on puisse dire, c’est bien léger !
Soyons audacieux sur cette question, comme le sont nos collègues du Finistère qui ont voté il y a deux ans, en 2016, un schéma linguistique pluriannuel départemental sur cinq ans dans
une démarche collaborative avec l’ensemble des partenaires et associations du secteur. Un des objectifs majeurs étant de développer la politique linguistique au sein des politiques
départementales. Votre groupe de la majorité a avancé lors de la dernière session que le Morbihan serait au rendez-vous face à l’enjeu des langues régionales, en mentionnant au passage qu’il était souvent « plus vertueux que ses voisins » (j’ai repris l’expression du porteparole).
Chiche ! En attendant il va falloir rattraper le retard, mais rien n’est perdu …

Une autre question, différente certes, mais d’une actualité récurrente pour laquelle il faudra que les collectivités de tous les échelons s’engagent avec beaucoup plus de volontarisme, c’est
celle de la crise climatique. Il nous faudra développer et amplifier nos politiques départementales concernant les transitions énergétique et écologique. Le contexte nous le rappelle tous les jours. Récemment de nombreuses mobilisations citoyennes, sous forme de marches pour le climat, se sont spontanément organisées à travers le monde et, plus près de nous dans les villes  morbihannaises. La démission médiatisée du ministre de la transition écologique et solidaire en aura été en partie l’élément déclencheur. On ne cesse de répéter qu’il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Aujourd’hui une démarche concrète est en cours avec le lancement de « L’appel pour un pacte finance–climat européen ». Il a été initié il y a quelques mois par Jean Jouzel, célèbre
climatologue co-fondateur du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et prix Nobel en 1993. L’initiative vise à créer un vrai budget climat au niveau
européen en fléchant des ressources nationales pour le financement de la transition énergétique. De nombreuses personnalités de toutes sensibilités politiques, dont les anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Jean-Marc Ayrault, en ont été les premiers
signataires. Par ailleurs de nombreuses collectivités, dont plusieurs du Morbihan, apportent actuellement leur soutien à cet appel pour un engagement européen sur cette question cruciale et urgente. Aussi nous vous proposons de préparer conjointement dans les semaines à venir, une motion commune qui pourrait être soumise à notre assemblée à l’occasion de la prochaine session. L’enjeu climatique mérite bien une démarche consensuelle et collective.

En lien avec l’actualité de la transition écologique, nous avons tous été destinataires il y a quelques jours d’un courrier du Syndicat des apiculteurs professionnels de Bretagne nous annonçant l’organisation d’un événement de solidarité nationale le 13 octobre prochain à Saint-Pierre Quiberon. À la suite de la récente hécatombe de colonies d’abeilles, mettant en péril de nombreuses exploitations apicoles, le syndicat organise ce qu’il appelle une
« transhumance de solidarité » rassemblant des apiculteurs de toute la France. Depuis plusieurs mois le Conseil régional de Bretagne soutient, dans le cadre de ses compétences, le milieu apicole dans cette période très difficile. Nous souhaiterions que le Conseil
départemental du Morbihan puisse contribuer également à ce mouvement de solidarité en soutenant cet événement.

Enfin, un dernier sujet aujourd’hui moins consensuel, c’est celui de la répartition des places d’EHPAD sur le département et par voie de conséquence le blocage de la construction de l’hôpital de Guémené-sur-Scorff. La situation est absolument incroyable !
Aujourd’hui, avec la remise en cause de la capacité d’accueil de l’EHPAD de Guémené, alors que l’établissement est complet avec une longue liste d’attente, il est intolérable que le Conseil départemental puisse mettre le projet en danger en bloquant le démarrage des travaux, alors que tout est prêt après 7 années de préparation du dossier. Il est odieux de faire du chantage, la veille du démarrage du chantier, en appelant les élus à une soi-disant solidarité avec les territoires urbains, surtout en défaisant un projet abouti. Si des restrictions injustifiées sont annoncées aujourd’hui par l’Agence régionale de santé pour ces zones urbaines, il faut dès lors se mobiliser collectivement pour assurer un accueil à la
hauteur des besoins partout, sur tout le département, et non se diviser pour gérer la pénurie au moment même où la sécurité sociale annonce un excédent de 700 millions d’euros. Les collègues lorientais, directement concernés, soutiennent clairement cette position de notregroupe.
Le Département joue un double jeu malsain en affirmant qu’il est urgent de construire ce nouvel hôpital tout en refusant le démarrage des travaux, et le comble, en tentant d’en faire porter la responsabilité aux élus locaux ! A ce jeu, le Conseil départemental met l’avenir de cet hôpital et de son EHPAD en danger alors qu’ils sont essentiels pour la population du nordouest du Morbihan.

Christian DERRIEN
Conseiller Départemental du canton de Gourin